6. FABIENNE VERDIER " Chongqing "
"Le dimanche, j´avais essayé de sortir et pris des bus
pour aller dans le centre. Mais les rues étaient pleines
de monde et les bus bondés.......Je ne m´étais jamais
rendu compte qu´après avoir traversé un boulevard
embouteillé, il suffisait de tourner dans une ruelle,
puis une autre et encore une, de dévaler quelques
escaliers, pour se retrouver dans une autre Chine :
Des maisons en bois noir, construites les unes sur les
autres....de vieilles femmes, assises sur de petites
chaises en bambou usé devant leur porte, triaient le
riz tout en bavardant; des épis de mais et des piments
séchaient; des enfants, avec leur culotte fendue au
derrière, jouaient dans les cours; aux fenêtres, des
arbres nains en pot, comme des fétiches, au milieu du
linge à sécher; de grosses rondelles de poussière de
charbon, trouée au milieu pour le tirage, entassées au
bas des maisons, fournissaient le combustible destiné
à la cuisine sur de petits poêles ronds. Je devais, plus
tard, refaire le même chemin, l´hiver, quand il faisait
déjà nuit. Lors des coupures d´électricité , on pouvait
voir, dans les intérieurs éclairés à la bougie, des enfants
qu´on baignait dans des baquets en bois: tableaux de
George de La Tour, doués d´une vie qui surgissait de
l´obscurité. Cela me faisait du bien de traverser ce
labyrinthe d´histoire, de sentir que, malgré le régime
totalitaire enduré au quotidien, la vie, ici, reprenait le
dessus......"
Fabienne Verdier "PASSAGÈRE DU SILENCE"
Éditions Albin Michel 2003
George de La Tour (1471-1528)
"Saint Joseph charpentier"
pour aller dans le centre. Mais les rues étaient pleines
de monde et les bus bondés.......Je ne m´étais jamais
rendu compte qu´après avoir traversé un boulevard
embouteillé, il suffisait de tourner dans une ruelle,
puis une autre et encore une, de dévaler quelques
escaliers, pour se retrouver dans une autre Chine :
Des maisons en bois noir, construites les unes sur les
autres....de vieilles femmes, assises sur de petites
chaises en bambou usé devant leur porte, triaient le
riz tout en bavardant; des épis de mais et des piments
séchaient; des enfants, avec leur culotte fendue au
derrière, jouaient dans les cours; aux fenêtres, des
arbres nains en pot, comme des fétiches, au milieu du
linge à sécher; de grosses rondelles de poussière de
charbon, trouée au milieu pour le tirage, entassées au
bas des maisons, fournissaient le combustible destiné
à la cuisine sur de petits poêles ronds. Je devais, plus
tard, refaire le même chemin, l´hiver, quand il faisait
déjà nuit. Lors des coupures d´électricité , on pouvait
voir, dans les intérieurs éclairés à la bougie, des enfants
qu´on baignait dans des baquets en bois: tableaux de
George de La Tour, doués d´une vie qui surgissait de
l´obscurité. Cela me faisait du bien de traverser ce
labyrinthe d´histoire, de sentir que, malgré le régime
totalitaire enduré au quotidien, la vie, ici, reprenait le
dessus......"
Fabienne Verdier "PASSAGÈRE DU SILENCE"
Éditions Albin Michel 2003
George de La Tour (1471-1528)
"Saint Joseph charpentier"
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